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dimanche 23 décembre 2012

Interview : Mesa Cosa

Pour leur dernière sortie les français de Casbah Records sont allés jusqu’aux Antipodes pour dénicher le groupe australien Mesa Cosa. Un choix cohérent puisque le son dévastateur du sextette basé à Melbourne est en parfaite adéquation avec le label qui arbore comme logo un rhinocéros à la charge. Sur Infernal Cakewalk les Mesa Cosa n’y vont pas par quatre chemins : poussées dans leurs retranchements, les guitares posent d'emblée les bases d’une orgie sonique qu’on imagine, dès l’intro de "666", bien salasse. Mais c’est sans compter sur l’arrivée d’un saxo diabolique, hurlant à la mort, et, cerise sur le gâteau, d’un chant en espagnol totalement possédé. En l’espace de dix titres Mesa Cosa éructe des hymnes garage-punk à la gloire du diable et de la mort, avec tout le détachement et le fun hérités de leurs ancêtres sud-américains (d’ailleurs Infernal Cakewalk se clôt sur une reprise de Los Saicos). Pour saluer l’excellente initiative de Casbah qui a réédité en vinyle ce disque dingo, on a posé quelques questions à Pablo, le leader d’origine mexicaine de Mesa Cosa.

   
     Comment est né Mesa Cosa ?
J’étais dans un festival et je suis allé voir une diseuse de bonne aventure qui m’a dit de faire un groupe, alors je l’ai écoutée. On a commencé à former le groupe autour de Stewart (tambourins), un ami de longue date, et moi. On a tout de suite adoré le truc organique qui s’est dégagé. Une fois le line-up en place, un saxophoniste est venu se greffer (Llod), il se pointait à pas mal de nos concerts, jouait même avec nous, alors il est devenu un membre officiel. On est basés à Melbourne mais en fait personne n’est vraiment originaire de la ville, on s’est juste rencontrés là bas.

     Quelle est l’histoire de ce Infernal Cakewalk ?
C’est assez basique, on voulait faire des chansons fun et qui font du bruit, histoire d'avoir une excuse pour gueuler tout le temps. On a la chance d’avoir une maison où l’on peut jouer jusqu’à très tard dans la nuit, alors on a commencé à jammer et des chansons sont nées. Ensuite on a économisé de l’argent et on a enregistré tout ça dans le salon, en une journée.

     Pourquoi cette référence à Méliès dans le titre du disque ?
C’est marrant : une nuit je regardais des vidéos sur youtube et je suis tombé sur Infernal Cakewalk de Méliès. J’ai remarqué que le film fonctionne sur le même tempo que notre chanson "666", j’ai alors assemblé les deux et ça a donné le clip. De plus, j’adore tous les symboles, l’univers fantasmagorique et les représentations du diable chez Méliès, on s’est dit que ça serait une bonne idée d’intituler notre disque comme ça.

   
     Comment avez-vous rencontré les français de Casbah Records ?
Je crois que je leur ai envoyé un message une nuit où j’étais défoncé (peut-être la même où j’ai trouvé le film de Méliès) et puis j’ai complètement oublié. Sauf que deux mois plus tard ils m’ont répondu : "ok, on va sortir votre disque",  ça a été un choc !

     C’est important pour vous de le sortir en vinyle ?
Oui, je trouve que c’est un objet qui laisse une véritable trace. Aujourd’hui c’est trop facile de perdre, d’oublier, la musique avec les autres formats. Le Cd c’est fragile, les cassettes c’est chiant…le vinyle c’est le top. En plus on a la fierté de pouvoir dire "on a fait ce truc".

    Jay Reatard a dit un quelque chose comme : "Je peux faire des trucs pop quand je suis en studio, mais une fois sur scène c’est la guerre." Avec vous il semble que ce soit la guerre aussi bien sur scène qu’en studio, d’où vous vient toute cette puissance, cette hargne ?
On a formé ce groupe avec l’idée d’être authentiques. Je vois trop souvent des mecs qui se la pètent, qui essayent à tout prix d’être cool, je trouve ça chiant. Je me suis dit que six mecs qui hurlent dans des micros peuvent être meilleurs que tout ça, et c’est ce qu’on fait. Tu ne peux pas mentir avec l’énergie. Les gens veulent aussi de cette énergie quand ils viennent te voir. Etre capable de leur en mettre plein la gueule et de leur faire oublier un temps leur vie, leurs problèmes, en s’amusant, c’est bien. Voilà, si je devais résumer Mesa Cosa en quelques mots je dirais : de l’énergie, de l’honnêteté, de l’excitation, du bruit, du bordel, du fun.

     

     Qu’est-ce qui te plaît tant dans le garage sud-américain ?
Tout ! J’aime la langue, les symboles utilisés, le son est sale, rêche, granuleux, bref, c’est quelque chose d’unique.

     Dans ta bouche, l’espagnol résonne vraiment comme une langue taillée pour le rock’n’roll…
Oui, il n’y a rien de mieux ! C’est des sons vraiment cool, du genre "moe sta-ca-ta-ma-cha-os". C’est fun à chanter et c’est surtout très rythmique, ça me plait beaucoup.

     Vous reprenez "Alcatraz" des Saicos, pourquoi ce groupe ?
C’est un groupe vraiment incroyable, toutes les chansons sur leur disque sont géniales. Ils ont vraiment un son particulier, un peu brumeux, sale et sombre mais aussi très mélodique. Je pense que c’est un groupe indispensable qui a eu beaucoup d’influence.

     Quelles sont alors vos grandes références ?
Je réponds toujours de la même manière : The B52’s et Los Saicos. Après il y a plein d’autres groupes que l’on adore : JC Satan, Wau y Los Arrrghs, the Zoobombs, Ty Segall, thee Oh Sees, Black Sabbath, Spaceman 3, Molotov, Beastie Boys, Brian Jonestown Massacre, etc. Mais les deux incontournables ça reste B52’s et Los Saicos.

     

     Vous utilisez un saxophone alors que les cuivres sont de plus en plus rares dans le revival garage, pourquoi ce choix ?
En fait ce n’est pas trop un choix ! On a rencontré notre saxophoniste à des fêtes, on était défoncé, on prenait des acides et on faisait des concerts vraiment bruitistes. Ça tombait bien, il adore tout ce qui est noise, il adore le métal, du coup au fur et à mesure des concerts avec lui on l’a intégré au groupe. Ça fonctionne bien.

     Dans vos textes vous êtes obsédés par le diable, l’enfer, la mort …
La mort et le diable sont des concepts que j’adore manipuler, ce sont des sources inépuisables d’idées et de symboles. Par exemple si l’on se place dans la perspective mexicaine, là bas les diables sont colorés, il y en a des bons, des mauvais. Pareil pour la mort, on peut la célébrer, se moquer d’elle. On évoque aussi parfois des choses plus légères, avec Dieu, Marie, etc. Ça me plaît vraiment de parler de tous ces trucs cosmiques, tribaux, mystiques, c’est beaucoup mieux que de chanter sur les filles.

     Qu’est-ce qu’on pense de Mesa Cosa en Australie ?
Justement je pense que les gens ne savent pas trop quoi en penser pour l’instant, on est un peu insaisissables. Mais ça s’améliore de semaines en semaines j’ai l’impression, ils s’habituent à notre manière de jouer, dure et en hurlant tout le temps. Mais je comprends qu’il puisse falloir du temps à apprécier des mecs qui gueulent des trucs sur le diable en espagnol.

     Il y a une scène incroyable à Melbourne, t’aimes vivre là bas ?
La scène musicale de Melbourne est juste dingue, il y a presque trop de bons groupes, à tel point que la compétition est acharnée. Il y a quand même pas mal de branleurs aussi, qui jouent à "qui sera le plus cool" avec tout ce que ça peut avoir de cynique, parce qu’il faut dire qu’à Melbourne c’est très facile de jouer, alors il y en a qui ne se foulent pas trop. Mais bon la plupart ce sont des groupes super comme Midnight Woolf, Baptism of Uzi, The Murlocs (en écoute ci dessous), King Gizzard, Royston Vasie, Damn Terran, ScotDrakula, et beaucoup d’autres.

   
     Quelles sont les meilleures conditions pour écouter du Mesa Cosa ?
En live, je dirais : bourré, un peu défoncé, dans une petite salle tard dans la nuit, avec plein de monde et un ampli cassé.
Le disque : au casque, vraiment défoncé et les yeux fermés.

     Vous semblez appliquer le “rock’n’roll way of life”…
Haha, ouais carrément !

     Vous allez tourner en dehors de l’Australie bientôt ?
On en a très envie ! On aime beaucoup la France et on adorerait venir et par la même occasion aller en Espagne et en Allemagne. On en a parlé avec Ben de Casbah Records, si on a assez d’argent une tournée est envisageable mi-2013 sinon il faudra attendre début 2014.
Punching Joe

Pour continuer :

-L'interview en anglaisFor english readers
-Le site de Casbah Records
-Une chronique complète de Infernal Cakewalk
-A noter que la pochette de Infernal Cakewalk (ci-dessous) a été réalisée par CM Ruiz qui avait déjà travaillé avec Davila 666 et Dead Ghosts et que le disque a été masterisé par l'omniprésent Mickey Young des Eddy Current Suppression Ring.

jeudi 13 décembre 2012

Interview : Jaromil Sabor


En explorant les souterrains du rock français, le label Close Up est devenu un défricheur de nouveautés en qui nous avons une confiance presque aveugle. Sudden Death of Stars, the Space Padlocks, Dalaï Lama Rama Fa Fa Fa, les Rivals, voici quelques super groupes découverts grâce à une sortie sur le label parisien. La dernière signature en date : un certain Jaromil Sabor qui débarque avec son premier LP Marmalade Sculpture. Sous ce patronyme référencé se cache le projet solo de Loïk, un jeune homme originaire de Bordeaux que l’on a pu écouter au sein des Artyfacts, ou aujourd’hui avec Arthur Pym & the Gordons. Loin de l’esprit garage de ces derniers, Jaromil Sabor s’oriente vers des sonorités plus acoustiques, où la part belle est faite aux mélodies bricolées et aux arrangements lo-fi. En résulte des chansons intimistes mais aux sonorités luxuriantes, qui peuvent, par exemple, rappeler la sensibilité feutrée des travaux de Phil Elverum ou la magie des productions solo de Tim Cohen. Surpris par tant d’inventivité et par tant de maturité, on a voulu en savoir plus sur son auteur.  



     C’est une idée de longue date ce projet solo ?
Pas vraiment. Ça s’est mis en place assez naturellement en fait. Cette année, je vais beaucoup voyager. Ça fait quatre mois que j’habite à Berlin et je pars vivre au Canada à partir du mois de février. Avec Arthur Pym & the Gordons on est donc contraints de faire une parenthèse d’au moins un an et moi je voulais vraiment continuer à faire de la musique : enregistrer, mais aussi faire des concerts.

En parallèle, ça fait plusieurs années que j’enregistre des trucs de mon côté, qui ne s’intègrent pas forcément aux différents groupes dans lesquels je jouais. J’ai regroupé un peu tout ça, j’ai fait le tri et je me suis dit que c’était un bon point de départ pour entamer un nouveau projet, d’en faire un album. Puis, j’ai mis en place un set à jouer sur scène et voilà comment ça a commencé.

     Qu’est ce que tu retiens de l’expérience Artyfacts ?
Beaucoup de choses. Tout s’est passé très vite en fait, donc, pour moi, les véritables enseignements de cette expérience ont été tirés après coup, le temps que ça s’intègre et se digère. Quand on s’est rencontrés avec Tonio, qui était chanteur dans le groupe, on s’est très vite retrouvés en bonne harmonie, quand on écrivait des morceaux ensemble et aussi quand on pensait au devenir des Artyfacts. Et puis, un peu miraculeusement, tous ces petits objectifs se sont réalisés. Il y avait un côté assez merveilleux.
Tout ne s’est pas terminé de la meilleure façon, c’est sûr, mais je garde le souvenir d’une période géniale. C’est une période où j’ai rencontré beaucoup de gens qui m’ont marqué, je me rappellerai de tout.

Je retiens aussi qu'on a été portés haut par la presse "grand public", et en parallèle, parce qu’on n’avait pas forcément une étiquette underground ou garage, on était pas mal décriés par des gens se réclamant plus puristes. Mais on ne faisait pas du tout ce son pour se vendre, simplement à cette époque, même si ce n’était pas forcément quelque chose de "cool" à revendiquer, on écoutait Springsteen, les Beach Boys et les Zombies. Donc ce son-là, on l’avait choisi.
Ça m’a permis de prendre plus de recul par rapport à la réception. Particulièrement avec Jaromil Sabor d’ailleurs, qui ne rentre pas du tout dans le carcan grunge-garage-punk en vogue actuellement.


     Tu peux nous parler de ton groupe, Arthur Pym & The Gordons ?
Le groupe est né à peu près un an après avoir quitté les Artyfacts, j’avais envie de recommencer à faire de la musique. Donc on a commencé à jouer avec Paul, le bassiste tout nu sur la pochette. Il avait écrit une chanson assez garage, "Idaho Massacre", et on l’a enregistrée. L’association Bordeaux Rock organisait un concert deux mois plus tard et nous a proposé d’y jouer. On s’est donc mis en quête d’un deuxième guitariste et un batteur et on a tout de suite trouvé Gaspard et Hector.
Ce qui est super, c’est que tous les quatre on n’écoute pas vraiment les mêmes groupes. Ça pose des petits soucis parfois, parce qu’on ne veut pas forcément tous aller dans le même sens mais ça me permet de jouer des morceaux que je serais incapable d’écrire tout seul. Du coup j’assimile de nouveaux codes musicaux et je peux enrichir ma palette de composition. On est vraiment potes, on se voit tous les jours et on s’amuse à chaque concert. Je pense que ça se voit et que ça joue en notre faveur. On est avant tout là pour les trois autres du groupe et on s’amuse avec nos potes qui sont là. On n‘est pas là pour crier "Est-ce que vous êtes là ce soir ??", en gros. Ici à Berlin, par exemple, où je fais tous mes concerts en solo, ça me manque d’avoir des gens avec qui je suis hyper content de jouer sur scène.

     Vous avez des trucs prévus pour bientôt ?
On n’en a pas encore parlé et Gaspard est parti au Canada cette année. Mais si on se retrouve tous les quatre à Bordeaux l’année prochaine, c’est certain qu’il y aura une suite. De toute façon, on est tellement bons amis que c’est une sorte de groupe éternel je pense et tant qu’on sera dans la même ville, on jouera ensemble. Il y a plein de morceaux qui ne sont pas enregistrés, on pourrait donc envisager une suite au 45t sorti l’année dernière, si tout le monde est partant.



     Tu peux nous parler des références qui se cachent derrière ce nom, Jaromil Sabor ?
Les références sont très mal cachées. Elles sont même assez évidentes. C’est un mélange entre Kundera et Hergé. J'aime bien ce côté jeu de mots très foireux et maladroit, dans le genre "fausse bonne idée", qui annonce l'esprit des enregistrements : un peu bancals et plein de défauts techniques. Surtout, je trouve que ça enlève beaucoup de prétention à la démarche de faire un projet solo. Tu ne peux pas trop te la péter quand tu t’appelles Jaromil Sabor, ou faire une pochette où t’as des lunettes de soleil sur une Harley.

     Quelle est l’histoire de Marmalade Sculpture ?
C’est le regroupement de 11 chansons que j’ai enregistrées au cours des trois dernières années. Le titre est en référence à une chanson des Wave Pictures. Les morceaux les plus anciens ("Cotton Fields", "Oh! Still Time", "Hunting You Down") ont été enregistrés début 2009 au commencement d’Arthur Pym. Les derniers ("Raindrops", "Guilty Love Pleasures", "Movin’ Out") ont eux été enregistrés en mai dernier. Sur presque tous les morceaux, il y a un invité qui joue. Chacun des membres d’Arthur Pym est dessus, le batteur des Artyfacts, les Magical Jumblies Club. En bref, tous mes amis proches font une apparition. Ce n’est pas du tout un concept, ou quelque chose qui était prévu à la base. Je m’en suis rendu compte au moment de faire les comptes et je suis très content d’avoir fait participer tout le monde.
Le tout a été "post-produit", c’est-à-dire masterisé et surtout lissé, par The Rest of Alfredo Garcia. C’est lui qui avait produit l’album des Artyfacts et le single d’Arthur Pym. C’est quelqu’un avec qui je suis très fier de pouvoir travailler et dont je me sens proche. J’ai une confiance énorme en lui parce que je sais qu’on parle la même langue et qu’on voit souvent la même chose dans la musique, même si c’est parfois à travers des prismes différents.

     Le son acoustique de cet album tranche avec ce que tu peux faire en groupe. Pourquoi te tourner vers de telles sonorités ?
En fait, c’est plutôt ce que je fais avec Arthur Pym & the Gordons qui tranche beaucoup avec les sonorités qui me viennent naturellement. Et ça c’est dû au fait de jouer avec Paul, Hector et Gaspard. Tout comme eux doivent trouver un côté plus pop que s’ils faisaient un groupe de garage chacun séparément. Mais ce que j’apporte dans Arthur Pym, je pense qu’on peut le retrouver dans ce que je fais avec Jaromil Sabor, tout comme ce qu’ils apportent, tu peux aussi le retrouver dans leur groupe John Allen Muhammad et ainsi de suite.


     Comment as-tu abordé l’écriture de chansons en solitaire ?
C’est quelque chose que je fais depuis longtemps. C’est une liberté que j’adore : pouvoir aller directement où je veux, sans prendre le temps d’expliquer ou de consulter. C’est un peu le contraire du processus de création d’Arthur Pym, mais les deux sont complémentaires. En ce moment, ce qui me manque le plus, c’est la création collective que j’ai dans Arthur Pym & the Gordons ou dans Martin Zaturecky & Jaromil Sabor. Mais quand on joue beaucoup avec ces groupes, c’est cette liberté individuelle qui me manque aussi.

     Il y a des songwriters qui te touchent ou t’inspirent particulièrement ?
Oui, bien sûr, il y en a plein. Je serais incapable de tous les évoquer. Mais dans cette catégorie, il y a plusieurs sous-catégories.
Il y a les monstres, que j’admire mais qui sont très loin, et pour lesquels dire « on est musicien » ne signifie pas du tout la même chose. Là-dedans tu as Brian Wilson, Beatles, Zombies, Gram Parsons, Love, Otis Redding, Jay Reatard, The Coral et j’en oublie plein.
Après il y a ceux dont je me sens proche, parce que je suis obligé de constater des similarités, même si ce n’est pas forcément toujours recherché. Là-dedans tu as Ben Kweller, principalement. Ce qu’il fait maintenant n’est vraiment pas terrible, surtout son dernier album Go Fly a Kite. Mais quand j’écoute On My Way, l’éponyme, ou même Changing Horses, je me dis qu’on doit avoir des bouts de cervelle identiques. Ce qu’il fait de ses morceaux sur ces trois albums, j’ai l’impression que j’aurais cherché à faire exactement ça.
Enfin, il y a les groupes actuels de la scène anglo-saxonne, dont je me sens proche parce qu’on fait la même chose, à la même époque. Il y en a pas mal pour qui on a joué en première partie avec Arthur Pym et j’ai l’impression que ces mecs sont comme nous, avec un peu plus de maturité et beaucoup plus d’expérience. Là-dedans tu as les Fresh & Onlys, les Strange Boys, Mr. David Viner ou Sonny Smith pour n'en citer que quelques-uns.

     Marmalade Sculpture appuie beaucoup sur le côté "pop bricolée", d’ailleurs tu as tout enregistré toi-même. C’est important pour toi les notions de DIY et de lo-fi dans la musique ?
Oui, les notions de DIY et lo-fi évoquent beaucoup de choses pour moi et particulièrement dans le cadre de ce projet Jaromil Sabor. J’ai tout enregistré avec mon ordi, une carte son et la version démo d’un logiciel de DJ. Donc du très mauvais matériel, et le tout avec un micro de chant typique. Je cherche à transformer ces inconvénients en identité.
On s’est tout de suite dit avec Alfredo Garcia, au moment de produire le tout, que la dernière chose à faire c’est de tenter de cacher cet aspect-là. Au contraire, on a choisi de jouer dessus, de l’appuyer. Quand tu écoutes le dernier titre, "Fading in the Sand", il y a des appels de micro de tous les côtés, c’est presque de l’anti-production. Sur "I Wanna Be Everywhere Twice", tu entends une tasse de café racler sur la table. Mais c’est quelque chose que j’aime et que j’ai souligné au moment de mixer, au lieu de l’effacer. Je voulais que ça donne une intimité brute, qui serait issue à 100% de cet aspect lo-fi et qui retranscrirait les conditions d’enregistrement, souvent dans mon appart ou dans la cave de Paul.
A l’écoute des premiers morceaux que je lui ai envoyés, Alfredo Garcia m’a mentionné le nom de Greg Ashley. Je n’en avais jamais entendu parler, je connaissais juste les Gris Gris. Depuis j’écoute en boucle son album Painted Garden, sorti en 2007, il est exceptionnel. C’est exactement ça que je recherche. Il arrive à donner une grandiloquence à ses morceaux, sans tomber dans la sur-production agaçante. C’est ce que je recherche, notamment dans les arrangements. Bien sûr, je surproduis tout, parce que je double/triple/quadruple la plupart des pistes. Mais ce côté bricolé donne tellement de cachet à l’album de Greg Ashley, qui semble maîtriser à 100% le moment où ça va déborder, que j’essaie de toujours garder en tête des titres comme "Song From Limestone County" ou "Pretty Belladonna" pour diriger l’orientation que je veux donner à un morceau au moment de l’enregistrer.


     De quoi parlent tes textes ?
Tout est toujours très référencé dans ce que je fais. Je fais beaucoup plus de réinterprétation que d’invention à partir de rien, en fait.
Tu as des titres aux références musicales : "Oh ! Still Time", par exemple, c’est un anagramme d’Elliot Smith. Dans les paroles tu as une douzaine de titres de morceaux qui se côtoient. Plein de chansons d’Elliott Smith bien sûr, mais aussi de Johnny Cash, Gram Parsons, Bob Dylan, le Velvet Underground, Neil Young, etc.
"Cotton Fields", c’est un clin d’oeil à Neil Young. "I Wanna Be Everywhere Twice", c’est tiré de paroles de Ben Kweller et c’est une sorte de réinterprétation de son morceau "Thirteen", la même histoire mais avec des paroles et une chanson différentes.
Tu as des références littéraires aussi. Par exemple, "Fading in the Sand", c’est en référence à Ouroz, un personnage des Cavaliers, de Joseph Kessel. C’est un morceau instrumental qui colle bien à son périple je trouve, à la fois fier et désespéré.
Sur la pochette, tu vois le Yasunari Lake en haut à gauche, c’est en référence au roman Le Lac, de Yasunari Kawabata. C’est un superbe roman qui évoque plein de choses sans vraiment tout dire et sans non plus tomber dans une prose figurative pompeuse. Je trouve que c’est un bel objectif de tenter de faire la même chose avec la musique. Ça peut paraître ambitieux, voire même prétentieux, mais je l’assume sans problème. Je vais m’arrêter là mais, en gros, pour chaque morceau, que ce soit dans les paroles ou dans les instruments, tout est bourré de clins d’œil et de références.

     Comment s’est faite la rencontre avec Close Up ?
On est rentrés en contact avec Olivier, le mec qui tient Close Up, en fin d’année 2011 pour sortir ensemble le single d’Arthur Pym. Quand j’ai sorti Marmalade Sculpture, je n’ai pas cherché de label, je l’ai juste mis sur Bandcamp et Itunes et j’ai envoyé le lien à plein de gens, dont Olivier. Il a bien aimé et m’a proposé de le sortir. Ca s’est passé très simplement en fait. J’aime bien ça justement avec Close Up, c’est que ce n’est pas plus compliqué que « ça me plaît, je le sors ».

     Parle nous un peu de ton album de Noël : comment tu as eu l’idée et que trouve-t-on dessus ?
L’idée m’est venue assez naturellement, puisque je suis un grand fan de Phil Spector, de Johnny Cash, des Beach Boys et des All Cannibals. Mon album de Noël s’appelle Various Covers in the Spirit of Christmas. C’est un album assez court, il y a sept titres dessus. En fait, le principe, c’est de faire une reprise de morceaux qui n’ont rien à voir avec Noël et de les enregistrer en leur donnant un petit côté Christmasy.
Je l’ai enregistré pour la plupart ici à Berlin. Je n’ai pas beaucoup d’instruments à disposition, juste une guitare classique et un clavier. Il a donc fallu faire avec les moyens du bord. Par exemple, j’ai utilisé des sonnettes de vélo pour faire des clochettes, indispensables à tout bon album de Noël.
C’est un hommage à des groupes que j’aime et qui m’ont marqué. Depuis John Mellencamp que j’écoutais quand j’étais petit avec mon père, jusqu’aux Atlantics que j’ai découvert plus tard mais qui m’ont tout autant charmé et impressionné.
Bien sûr, pour des raisons évidentes de droits d’auteur, je ne vais pas le sortir physiquement. Donc je le mets gratuitement sur bandcamp pour que tout le monde puisse le télécharger. J’en ai fabriqué 50 exemplaires faits à la main avec du papier cadeau pour la pochette que je vais donner à mes amis. Pour le reste, tout le monde peut fabriquer le sien en téléchargeant les morceaux et la pochette de Juliette !


     Comment tu abordes l’exercice difficile de la reprise ?
Je lisais l’autre jour sur le forum de Planetgong qu’on se posait la question de l’utilité d’une reprise. Pour moi, c’est un très bon outil pour juger un groupe. Une reprise te permet de voir la vision que le groupe a du morceau d’origine. Et si c’est bien fait, ça te fait réaliser que ces mecs ont peut-être une longueur d’avance sur toi, parce qu’ils le regardent à travers un prisme auquel tu n’avais pas pensé.
Surtout, ça dégage toute leur intelligence de la musique, ce qu’ils arrivent à entendre à l’intérieur du morceau. On dit souvent que l’art c’est une interprétation de la réalité. Quand tu regardes ce qu’un peintre a peint à partir de tel paysage, tu te rends compte de la vision particulière qu’il avait du monde. Ce qu’il a déformé du modèle pour arriver à son interprétation et à sa représentation de la réalité de ce modèle. Dans la musique c’est beaucoup moins représentatif. Quand quelqu’un écrit un morceau qui est supposé retranscrire le sentiment ou l’état d’esprit qu’il avait à ce moment-là, l'auditeur n’a pas cette origine à disposition, il reçoit seulement le résultat de l’interprétation, sans voir la déformation personnelle qui a eu lieu entre le moment où le musicien a senti et le moment où il a enregistré. La reprise, c’est un moyen bien plus évident de voir d’où il est parti, et où il a amené ça.

     Quelle est ta prochaine actu ?
J’ai enregistré cet été un 45 tours que j’aimerais sortir début 2013. Il s’appelle If Every Man is An Orphan and Every Child is A Junky. Le concept est d’utiliser certains passages du film The Torture Chamber of Doctor Sadism comme fond sonore sur les morceaux et de broder une seconde histoire par-dessus avec mes chansons. C’est un film plein de sonorités intéressantes et assez effrayantes : des cloches qui sonnent, des pas qui résonnent, des coups de fouet, un monologue en vers, etc. Le tout dure une grosse dizaine de minutes et regroupe quatre morceaux.

     Bordeaux semble être une ville très dynamique culturellement, j’imagine que c’est stimulant de faire de la musique là bas...
Il y a une grosse scène à Bordeaux et pour nous c’est assez facile de faire de la musique, parce que quand tu es là depuis longtemps, que tu es ami avec la dizaine de personnes qui tiennent les clés, et surtout que tu as fait tes preuves, tu es soutenu dans tout ce que tu fais. On est tous très soudés.
Il y a plein de petites galaxies en fait, avec des groupes dont tous les membres jouent ensemble dans d’autres groupes. Rien qu’avec des membres d’Arthur Pym, par exemple, tu as John Allen Muhammad, Martin Zaturecky & Jaromil Sabor, Bad for Bugs, Jaromil Sabor, feu The Magical Jumblies Club, Oakland Recycles, France Frites, etc. Tout est interchangeable : Paul joue de la basse dans Arthur Pym et John Allen mais il joue de la batterie dans Martin Zaturecky et Bad for Bugs. Et c’est comme ça avec plein de  "bandes de groupes". Donc tu as très vite l’impression de faire partie d’une grande famille. Par contre, je pense que quand tu arrives là, sans connaître personne, et que tu veux lancer ton groupe en jouant au Saint-Ex, c’est assez dur.
Punching Joe

Pour continuer :
Les cinq obsessions musicales de Loïk en ce moment :
Painted Garden, Greg Ashley
Grown Up Fucked Up, The Reatards
I Often Dream of Trains, Robyn Hitchcock
Longtime Companion, Sonny & the Sunsets
Les deux EP de Jacco Gardner

Pour suivre les actus de Jaromil Sabor : la page bandcamp et la page facebook
Pour acheter le LP, rendez-vous sur le site de Close Up où chez un bon disquaire

La cover de Marmalade Sculpture

dimanche 2 décembre 2012

The Babies-Our House on the Hill



"On peut dire que les étoiles étaient alignées. De l’enregistrement jusqu’à la sortie avec Woodsist, tout s’est enchaîné parfaitement, c’était magique." Voici ce que dit Kevin Morby à propos du second disque des Babies, Our House on the Hill. Et on peut dire que la magie est aussi là à l’écoute, tant ce LP dégage instantanément une force de caractère bluffante. 

On a découvert les Babies il y a environ un an et demi, à la sortie de leur fabuleux premier disque. A l’époque, beaucoup les rangeait dans la catégorie «side-project cool», avec d’un côté Cassie Ramone des Vivian Girls et de l’autre Kevin Morby de Woods. Mais difficile de ne croire qu’à un one-shot quand une telle alchimie se dégage. D’ailleurs le groupe lui-même a très vite refusé cette catégorisation abusive. On a donc attendu avec impatience la suite, craignant un peu la perte de cette fabuleuse candeur rock’n’roll, même si on pouvait se rassurer grâce à quelques 45 tours distillés régulièrement.

"Alligator" jouée il y a un an à l'Espace B à Paris


Our House on the Hill est heureusement à la hauteur, et s’il n’atteint pas la fulgurance brute de son prédécesseur, il gagne au contraire en épaisseur et en assurance. Douze titres et rien à jeter. Côté tubes on retiendra "Moonlight Mile", urbaine et rayonnante, ou "Get Lost", sur le fil du rasoir. Deux chansons où les Babies se parent d’un son plus travaillé qu’à l’accoutumé mais qui ne gâche en rien la spontanéité réjouissante des compos. Côté excellentes chansons on appréciera…tout le reste. Certaines possèdent la « patte Morby » avec une écriture abrupte et à fleur de peau. On pense à "Alligator" ou encore "Mean" et "That Boy", faites de pas grand-chose mais terriblement touchantes. Une frontalité qui est souvent adoucie par les touches indie-surf apportées par Ramone, comme sur "See the Country" ou "Baby" (initialement écrite pour son album solo, finalement reporté).

Our House on the Hill regorge d’ambiances et de sonorités multiples mais reste d’un bout à l’autre cohérent grâce à cette personnalité propre au groupe, ce sentiment d’écouter des éternels enfants qui jouent au rock’n’roll "comme les grands", s'éloignant de la posture, des apparats, pour ne capter que l’immédiateté de cette musique. Mais si les Babies ont gardé cette fraîcheur, leur innocence elle s’est envolée au profit d’une lucidité (voire d’un pessimisme) qui se ressent dans la plupart des textes. "There’s no job to pay the rent, there no love to make it better […] life is funny, life’s laught, life is lonely, yeah it’s a drag", c’est ainsi, d’une voix éraillée, que Morby clame ces paroles désabusées qui ouvrent l’album. Finie l’insouciance fofolle donc, reste une musique éclatante et de plus en plus belle, à l’image de "Wandering" qui clôt Our House on the Hill dans une ambiance envoûtante.
Punching Joe
"Moonlight Mile"

lundi 19 novembre 2012

Paws-Cokefloat !

Même s’il apparaît finalement peu dans ces lignes, l’indie-rock est très apprécié par ici. Récemment est sorti le dernier Dinosaur Jr (Bet on Sky), et si je n’ai pas chroniqué cette nouvelle livraison du trio Mascis-Barlow-Murph, ça ne m’a pas empêché d’en penser beaucoup de bien. Et ouais, les riffs à la fois tendres et grossiers des années 90, c’est aussi mon truc. Alors, c’est avec une joie non dissimulée que j’ai accueilli Cokefloat !, le premier LP des écossais de Paws, qui transpire de tout son être le rock adolescent et décomplexé made in nineties.

Power-trio bien basique, Paws ne fait pas vraiment dans la dentelle. Cokefloat ! se constitue en grande partie de titres instantanés, en forme d’hymnes punk-rock à l’efficacité redoutable. Que ce soit sur le tubesque "Jellyfish", ou "Homecoming" et "Bloodline", ça joue vite et bien, sans vraiment s’encombrer de détails. Il faut dire qu’il y a ce son typique dont la spontanéité balourde et l’insouciance font forcément mouche : guitare à la fois musclée et délicate, basse ronflante et bien sûr caisse claire parfaitement surmixée : les bougres ont compris tout ce qui faisait le charme de l’esthétique sonore du genre. En plus, la production est de leur côté, avec un grain bien épais qui évite aux compos de franchir la ligne rouge les séparant du mauvais goût.

 "Jellyfish", live

Mais il ne faut pas se fier à ce premier degré assumé par Cokefloat ! car le disque possède d’autres facettes. Derrière leurs dégaines dumb’n’dumber, les Paws sont en effet capables d’écrire de vraies belles chansons qui élèvent le disque à un autre niveau. La délicatesse gauche de "Pony" par exemple est très touchante,  tout comme la mélancolie irradiante de "Catherine 1956" qui ouvre le disque avec grande classe.

Et, toujours à la manière des bons disques nineties, Cokefloat ! est un peu trop rempli. Il aurait sûrement gagné à n’être composé que de dix morceaux au lieu de treize. Mais bon, c’est la tradition et c’est ce qui fait aussi tout le charme de la démarche, pleine d’envie, de fraîcheur et d’ondes positives. 
Punching Joe

L'album, sorti sur Fat Cat Records est en écoute intégrale ci-dessous :


jeudi 15 novembre 2012

Bad Indians-Sun People EP



Découverts du côté de chez Requiem pour un Twister, les américains de Bad Indians nous avaient convaincu avec leur précédant 45 tours, the Path Home. Ils y jouaient une pop-psyché foutraque juste comme il faut, parcourue d’effluves garage, voire indie-pop. Sur ce nouveau EP, sorti au printemps 2012 sur Urinal Cake Records, ils affirment un peu plus leur son.

La face A, excellente, débute par un joli arpège, celui de "Sun People", une chanson pop un brin étrange mais au refrain accrocheur. "If I had a chance" enquille dans une vaine très indie-pop avec quelques relents psyché succulents. Deux chansons où l’on retrouve donc ce son typique des Bad Indians, mêlant des influences a priori hétéroclites, mais qu’ils savent marier astucieusement.

La face B s’aventure elle dans un rock-pysché plus velu. Moins grelottant, le clavier s’affirme sur "Hate" et pose les bases d’un morceau à la rythmique lourde et aux guitares décomplexées. Sur "The Other Side", ils enfoncent le clou et balancent un titre enlevé, dans un pur style "Austin", avec notamment un riff dont le groove rappelle fortement les 13th Floor Elevators.

Sun People confirme donc tout le bien qu’on pensait des Bad Indians. Ils s’imposent un peu plus comme un groupe à la personnalité musicale forte, capable de varier son style avec intelligence et panache. On attend le premier LP avec impatience.
Punching Joe

l'EP en écoute :

mercredi 14 novembre 2012

Architectures de papier



Il y a maintenant plusieurs années, au cours d’une de mes pérégrinations sur la toile, j’ai découvert le travail hallucinant de l’artiste danois Peter Callesen, maître dans l’art de la découpe de papier et du collage minutieux. Jamais jusqu’ici je n’avais eu l’occasion de contempler ses œuvres ailleurs que sur le net, mais c’est à présent chose faite, avec l’exposition Architectures de papier qui se déroule jusqu’au 17 mars à la Cité de l’architecture et du patrimoine.

Peter Callesen, né en 1967, a plusieurs cordes à son arc : photo, dessin, performances, mais c’est avant tout comme sculpteur qu’il s’est fait connaître. Et pas question ici de tailler la pierre ou de souder les métaux…Callesen découpe…le papier….et fait émerger de la page blanche un univers en 3D. Sa matière de base peut tout aussi bien être une banale feuille A4  que des rouleaux de plusieurs mètres. L’artiste crée une vraie poésie entre la structure qui prend forme dans l’espace et les entailles qui s’incrustent dans le papier en jouant sur les oppositions, les contrastes. Ces quelques clichés d’œuvres (qui ne figurent pas au sein de l’expo) sont assez représentatifs :





L’exposition Architectures de papier compte trois pièces du danois, deux A4 et un grand format. J’ai beau vous faire des descriptions et vous montrer des photos, inutile de dire que rien ne remplace une visite sur place pour vraiment se rendre compte de la précision exquise de ces objets. 
L’exposition n’est pas grande mais bien organisée, avec une attention portée à l’éclairage, servant la mise en scène du papier. L’idée de base est de  mettre en avant les héritiers d’une longue tradition liée à cette matière, à la fois fragile et symbole de longévité. Il s’agit de bâtir avec du délicat, de l’aérien.

Peter Callesen
Mis à part ceux de Callesen, l’exposition compte des travaux d’Ingrid Siliakus, Mathilde Nivet, Stéphanie Beck et Béatrice Coron. La première réalise des pop-up inspirés de paysages urbains familiers, déconcertants d’exactitude et de régularité. 

Ingrid Siliakus
C’est à Mathilde Nivet que l’on doit les pièces les plus colorées de l’exposition avec des collages en relief donnant à voir des concentrations citadines denses et attractives. Stéphanie Beck quant à elle crée des ensembles de constructions, étranges maquettes desquelles toute présence humaine semble évincée. Enfin Béatrice Coron signe les pièces les plus monumentales de l’exposition, sorte d’immenses pochoirs noirs où fourmillent des populations énigmatiques.

Mathilde Nivet
Stéphanie Beck, Béatrice Coron

Seul conseil : si vous croyez avoir fait le tour de l’unique salle qui contient ces Architectures de papier, regardez encore il est fort probable qu’un subtile et charmant détail vous ait échappé.

Hanemone

mercredi 7 novembre 2012

Ty Segall et les reprises



L’art de la reprise. Si elle est parfois peu excitante et inutile, elle reste pourtant essentielle dans l’histoire de certains courants musicaux contemporains. Le garage sixties par exemple, qui a construit son identité en réinterprétant avec fureur certains standards du rock’n’roll et du RnB. La tradition ayant perduré, les jeunes pousses d’aujourd’hui n’hésitent pas, à leur tour, à faire parler leur imagination et à se frotter à la discographie des aïeux. 

Et si quelqu’un fait figure de maître en la matière, c’est bien Ty Segall. En plus de construire une discographie colossale, il nous gratifie à intervalles réguliers de reprises dont il a le secret, que ce soit sur LP, 45 tours ou split album. Une manière de se défouler et de rendre hommage aux groupes qui ont compté pour lui. Ainsi il n’y a rien de mieux que de jeter une oreille à ses covers pour en apprendre un peu plus sur le personnage. Sans surprise on découvre un Ty Segall aux références qui dépassent largement les frontières du garage : punk (Chain Gang, Ramones, GG Allin…), glam (Bowie, T-Rex), psyché (Pink Floyd, Captain Beefheart), ou des classiques (Velvet, Brian Eno), Ty n’oublie personne. On a eu envie de regrouper dans une même playlist toutes ses reprises ayant été gravées sur du microsillon depuis qu’il exerce en solo. On a essayé d’être exhaustif mais il est fort probable qu’on en ait oubliées quelques unes, cachées au fin fond d’une collaboration ou d’un 45 tours pressé à 50 exemplaires (de la même manière on n’a pas mis le Ty Rex en entier). 

Vingt-trois reprises, plus de quarante minutes de musique : Enjoy !


 Ty Segall covers

Le Tracklisting complet avec un lien vers les versions originales :

>"Son of sam" - It, Chocolate Covered. (l'originale de Chain Gang)
>"You Should Never Have Opened That Door" - S/T LP, Castle Face (l'originale des Ramones)
>"Bike" - Horn the Unicorn, HBSP (l'originale de Pink Floyd)
>"Be a caveman" - Ty Segall / Black Time, Telephone Explosion ‎(celle des Avengers aussi reprise par les Dwarves, dont Segall semble s'être directement inspiré)
>"Do it clean" - My sunshine, Trouble in Mind (l'originale d'Echo & the bunnymen)
>"Take Up Thy Stethescope And Walk" - Reverse shark attack, Kill Shaman (l'originale de Pink Floyd)
>"Dropout Boogie" - Lemons, Goner (l'originale de Captain Beefheart)
>"Maria Stacks" - Ty Segall / thee Oh Sees, Castle Face (l'originale des Oh Sees)
>"Bulletproof nothing" - Caesar, Goner (l'originale de Simply Saucer)
>"Pretty Woman" - Our Boy Roy, Telephone Explosion (l'originale de Roy Orbison)
>"Buick Mackane" & "Salamanda Palaganda" - Ty Rex, Goner (Celles de T-Rex ici et )
>"2+2=?" - Split 45t, Trouble in Mind (l'originale de Bob Seger)
>"Don’t talk to me" & "Baby baby baby" - Live In Aisle 5, Southpaw (GG Allin et the Vibrators)
>"Cherry Red" - Spiders, Drag City (l'originale de Groundhogs)
>"Fame" & "Suffragette City" (with Mikal Cronin) - Group Flex, Castle Face (celles de Bowie ici et )
>"I think I’ve had it" - Singles 2007/2010, Goner (l'originale des Gories)
>"Needles In The Camel's Eye" (with Dillon Watson) - I Hate the kids 7", Nashville's dead (l'originale de Brian eno)
>"The Bag I'm In" & "Diddy Wah Diddy" - Slaughterhouse, In the Red (Fred Neil et Bo Diddley)
>"Femme Fatale" - Velvet Underground & Nico Tribute, Castle Face (l'originale du Velvet)

vendredi 26 octobre 2012

The Soft Pack-Strapped

Qu’un de mes groupes adorés décide de voguer sur des sonorités nouvelles et de varier son style, aucun problème. La preuve j’ai encensé récemment le dernier disque des Fresh & Onlys. Mais là où le quatuor san franciscain a réussi son excursion 80’s avec classe et justesse, mes Soft Pack tant aimés, eux, se vautrent assez durement à l'heure du renouveau. Strapped, sorti chez Mexican Summer est tout simplement raté.
"Tallboy"

La déception est en fait à la hauteur de l’attente mise dans cet album, et il est fort probable que je n’aurais pas dépassé les deux écoutes sans l’inscription « the Soft Pack » sur la pochette. Le Soft Pack putain ! Ces anti-rockeux aux pulls moches qui nous avaient déjà mis KO à l’époque où ils s’appelaient encore the Muslims. On écoutait, fébrile, leur indie-garage rachitique aux exquis relents de Feelies. Puis le Soft Pack et un premier LP proche de la perfection rock’n’roll. De l’énergie sèche, accompagnée par un flegme fascinant, qui faisaient resplendir des chansons d’une justesse aberrante.

Aujourd’hui adieu la fougue, la précision, le souffle, le Soft Pack joue dans la catégorie demi-molle sur Strapped. Pourtant ça commence bien : "Saratoga", "Second Look" et "They Say", envoient un bon indie-rock joué pied au plancher, avec des guitares qui cavalent et une batterie qui claque. On en oublie presque ce son lisse et on se surprend à trouver les arrangements cuivrés réussis. On aperçoit même la lumière sur "Tallboy", chanson plus posée, portée par un clavier malicieux et un refrain touchant. Alors on acquiesce intérieurement : « Je te l’avais dit, ‘sont capable de tout ces mecs ». Et soudain la descente aux enfers. "Bobby Brown" surgit de nulle part, bavant dans nos oreilles innocentes son gimmick parasite et son groove électro digne d’une bande-son Monoprix. Pour nous achever ils ajoutent même un solo de saxo soft-jazz, évoquant l’érotisme obsolète des feu programmes d’M6 du dimanche soir. Oui, ça fait mal.

"Bobby Brown"

Après ça, impossible de remonter la pente. "Everything I Know", "Chinatown", "Ray’s Mistake", ne dégagent rien, si ce n’est l’envie de bailler. A partir d’une bribe d’idée musicale le Soft Pack construit des chansons plates, qu’il agrémente d’arrangements de plus en plus douteux au fil de disque (on aura même droit sur "Captain Ace" à une bataille entre une cruche électrique et un saxo…). Et qu’on ne vienne pas dire qu’il s’agit de maturité. Au contraire, on est ici face à un groupe complètement dépassé par son projet, essayant tant bien que mal de sauver les meubles (une chanson comme "Head on Ice" semble presque coupée avant la fin).

On pourrait s’acharner sur la bête, essayer de comprendre des sacrilèges comme "Oxford Ave" (la théorie la plus probable étant qu’elle a été commandée par Thierry Becarro pour renouveler le générique de Motus) ou invoquer des esprits miséricordieux pour qu’on nous rende la voix de Matt Lamkin (séquence émotion : Extinction), mais ceci en vain : ce qui est fait est fait. Trop fade pour les fans de la première heure, pas assez catchy pour les radios, Strapped est un album informe qu’on a presque envie de ranger à côté de tous ces trucs indie-pop-électro-gluants qu’on nous sert surgelés par boite de dix et qui font le bonheur des prescripteurs en quête de sensations. La déception est immense, mais on ne vous laisse pas tomber les gars. Juste : arrêtez les conneries bordel.
Punching Joe

vendredi 19 octobre 2012

Boomgates-Double Natural



Le terme « super-groupe » désigne souvent des projets un peu foireux où des musiciens pleins de bonnes intentions sont incapables de trouver une alchimie une fois ensemble. Je n’ai donc pas envie d’assimiler Boomgates à cette catégorie. Car si le groupe se fonde sur plusieurs membres d’excellentes formations basées à Melbourne (dont Brendan Huntley, frontman d’Eddy Current Suppression Ring, Steph Hughes de Dick Diver ou Rick Milovanovic de Twerps) je vois plutôt leur projet comme la réunion naturelle de potes d’une même ville, ayant simplement envie de faire de la musique. Et c’est probablement grâce à cet humble désir que leur premier LP, Double Natural, est une belle réussite.


On associe toujours assez facilement les disques australiens avec l’été et le surf. Boomgates s’éloigne radicalement de ces clichés et livre un album à la douceur automnale, où une indie-pop légère et parfumée aux feuilles mortes se déploie avec aisance. Dès la magnifique "Flood Plains" inaugurale le décor est planté : deux guitares pudiques s’entremêlent et ouvrent sur une chanson simple et prenante, portée par un duo de voix féminin/masculin complémentaire. L’alliance est d’ailleurs un point fort du disque. D’un côté Steph Hughes dans un style très Sarah Records et de l’autre Brendan Huntley, connu pour son rôle de chanteur possédé et intenable chez ECSR, qui ici se canalise, sans perdre sa gouaille cependant, et offre une prestation tout à fait touchante ("Hold me now"). Un duo improbable mais au sein duquel, tel la Belle et la Bête, la magie opère. 

Sans chercher l’estocade ou le coup de génie, Boomgates construit son album de manière plutôt linaire mais avec une qualité des titres qui a chaque fois fait mouche. Le groupe tisse une indie-pop pleine de personnalité, assumant un côté mature, délaissant au contraire l’imagerie naïve et béate souvent propre au genre. Ils esquissent même des rapprochements avec les Modern Lovers ("Natural Progression"), l'indie 90's ("Cows Come Home") ou le post-punk ("Whispering and Singing") sans s’égarer. Subsiste un disque modeste dans sa réalisation, mais au charme indéniable et réconfortant. Le compagnon idéal pour préparer les longues nuits d’hiver.
Punching Joe
"Natural Progression", live


Sur le web :
-Le disque est sorti sur l'excellent label Bedroom Sucks
-Vous pouvez réécouter notre mix indie-rock australien 

mardi 2 octobre 2012

Blackfeet Braves, s/t LP


Cela faisait deux ans qu’on se contentait de leurs fameuses démos, lâchées nonchalamment sur une page Bandcamp. Un peu énervés devant le manque de mises à jour, on s’est résolu à les ranger dans la catégorie des gros branleurs bourrés de talent mais incapables de s’assumer. Erreur. Durant l’été tout s’est accéléré et les Blackfeet Braves ont refait surface, annonçant la sortie de leur premier album. Mis en écoute gratuite, ce LP, qui devrait bientôt se matérialiser sur du vinyle*, est à la hauteur des espoirs qu’on avait placés sur leurs tronches de californiens je-m’en-foutiste.
"Oh So Fine"

Redécouvert par les Growlers et leur autoproclamé son « beach goth », le mysticisme dans la pop trouve avec les Blackfeet Braves son expression la plus envoûtante. Trop souvent monopolisées par les psyché, les mélodies vaudou sont pourtant tout aussi prenantes lorsqu’elles s’expriment à travers des guitares aigrelettes. Car pas besoin de paluches rugueuses pour manipuler ces sonorités et conduire vers le tant convoité « trip » ; les Blackfeet Braves et leur doigté sensible y arrivent tout aussi bien.

Ce premier LP est ainsi parcouru par une espèce de fragilité qui confine au merveilleux. Sans renier les démos, les Blackfeet Braves ont néanmoins voulu affiner leur son. Ils n’ont cependant pas complètement renoncé à leur patine lo-fi si charmante. Si le tube "Trippin’ like I do" perturbe d’abord par sa rythmique plus rentre-dedans,  il n’en reste pas moins, au fil des écoutes, une chanson au riff absorbant complètement fascinant. Ces gars sont des orfèvres pop comme on en croise peu souvent. Sur une compo, la sublime « Oh So Fine » par exemple, ils sont ainsi capables de reléguer des groupes comme Real Estate au rôle de simples figurants.
L’imaginaire californien est évidemment au cœur du débat ici. Mais loin des clichés, il est peint avec une sorte de lassitude et de mélancolie qui fait presque passer les plages de LA pour des plaines fantomatiques du Montana. Comme avec les Growlers, on est face à des jeunes plus désœuvrés et lascifs qu’enthousiastes et naïfs. On se met alors à barboter dans leur surf-pop aux accents western avec une nonchalance prononcée, bercés par des couplets langoureux et fouettés par des refrains écumant légèrement sur la nuque. 

On pourrait parler plus précisément des chansons : dire à quel point "Cloud 9", "Mystic Rabbit" ou "Misery Loves Compagny", sont géniales, dire à quel point les tremolos dans la guitare nous font fondre, ou décrire en détail les effets sur le métabolisme de ce petit clavier sifflotant et de ces voix chevrotantes, mais ce serait entrer impudiquement dans une expérience qui n’appartient qu’à l’auditeur. A l’aube ou au crépuscule, la musique des Blackfeet Braves brille avec un même éclat noir qu’il est difficile de décrire.
Punching Joe

L'album est en écoute intégrale ci dessous, vous pouvez également faire un tour sur le site du groupe et commander le LP, *disponible depuis février 2013 chez Lolipop Records.

mardi 25 septembre 2012

Henry's Dress, Bust'em Green


Amy Linton I love You

Si la découverte ne date que de quelques mois, ma passion et ma fascination pour les travaux d’Amy Linton en sont déjà à leur paroxysme. D’abord connue par l’intermédiaire de son deuxième groupe the Aislers Set (dont on reparlera), c’est surtout avec Henry’s Dress que le coup de foudre a opéré. Leur seul LP, Bust’em Green, a été une révélation, à tel point qu’envisager de l’inscrire au panthéon des chefs d’œuvre du rock paraît désormais tout à fait raisonnable. Mais plus qu’un coup de cœur personnel, c’est un disque passionnant qui rapproche avec une facilité déconcertante trois courants musicaux particulièrement appréciés en ces lieux, à savoir l’indie-pop, le shoegaze et le garage

Henry's Dress- "All This Time For Nothing"

Henry’s Dress naît du côté d’Albuquerque au début des années 90 mais déménage rapidement vers San Francisco pour s’y établir définitivement. Le groupe se compose d’Amy Linton donc, mais aussi de Hayim Sanchez et Matt Hartman (The How, Sic Alps, Coachwhips). Leur histoire est intimement liée à celle d’un label local aujourd’hui vénéré par beaucoup (et par nous) : Slumberland. C’est en effet vers cette maison, fondée par l’ex-Black Tambourine Michael Schulman, que Linton va se tourner pour proposer les premiers enregistrements de Henry’s Dress. Deux 45 tours sortent d’abord en 1993 et 1994 (dont un split avec Tiger Trap) avant que le trio ne s’essaye au EP, toujours sur Slumberland, avec un self-titled magnifique, parcouru de noise-pop vénéneuse et de shoegaze déglingué (la traumatisante "Sally Wants"). On y retrouve déjà leur envie de composer des chansons concises, qui vont à l’essentiel, portées aussi bien par une urgence punk que par des complaintes lancinantes. 

Un 45 tours en compagnie du très bon Rocketship plus tard, Henry’s Dress accouche en 1996 de son joyau, Bust’em Green. Douze chansons allant d’1 minute 30 à 2 minutes 30, pour un disque absolument parfait. Sa force principale : mêler une guitare aux riffs rudimentaires et des rythmiques tout aussi efficaces, avec un chant aux mélodies pop, que ce soit par la voix douce-amère d’Amy Linton ou celle désabusée de Matt Hartman, qui évoquent chacune des intonations propres à l’indie-pop ou au shoegaze. Le mélange des genres est prégnant sur le triptyque qui ouvre le disque. "The way she goes", "Winter 94" et l’immense "Target Practice", où un garage rêche, presque aussi basique que du Gories et saillant comme du Ty Segall, verse plus dans l’émotion pudique que dans l’éclatage de neurones. Car, si Bust’em Green est un album profondément insouciant et immédiat, il n’en est pas moins parcouru par des teintes mélancoliques et désenchantées. 

Henry's Dress - "Winter '94" 
Le groupe aime également brouiller la frontière entre garage lo-fi et noise-rock nihiliste, comme sur "Get Yourself Together" ou "Not Today", compactes et brûlantes à souhait. En dignes héritiers du shoegaze ils proposent un travail millimétré sur le bruit et les distorsions, ne sombrant jamais dans l’accumulation de nappes saturées mais préférant au contraire distiller quelques saillies bien pensées ("Hey Allison"). 

Au-delà de sa justesse de ton, Bust’em Green est un grand album car il suinte la fougue rock’n’roll à chaque seconde. Certes la musique de Henry’s Dress est référencée, mais elle est avant tout expressive dans sa spontanéité. Bien plus que des techniciens, Linton, Hartman et Sanchez sont avant tout de grands ados qui jouent comme ils respirent...et ce avec un talent et un caractère hors du commun, à tel point qu’il est difficile de les classer.


"Target Practice" jouée en 2010 lors de la fête d'anniversaire des 20 ans de Slumberland


L’aventure se terminera vite, Linton mettant toute son énergie dans les Aislers Set (elle ira aussi taper sur les fûts chez Go Sailor). Une existence éphémère et une discographie fulgurante qui contribue un peu plus à rendre culte les travaux de Henry’s Dress, d’autant que ni le EP, ni Bust’em Green n’ont été réédités à ce jour, et sont donc quasiment introuvables en format physique*. On espère donc qu'un jour Slumberland fera un petit effort pour rendre gloire à une de ses plus belles signatures. 
Punching Joe

*On le trouve facilement sur la toile cependant

Aussi sur le web :
Des articles sur Henry's Dress dans l'incontournable Blog du mouvement shoegaze
Le site de Slumberland
Le bandcamp de The Aislers Set, le deuxième groupe d'Amy Linton

mercredi 12 septembre 2012

The Fresh & Onlys, Long Slow Dance



Si l’on excepte quelques 45 tours publiés à droite à gauche, la dernière sortie marquante des Fresh & Onlys remonte à plus d’un an, avec l’EP Secret Walls. Un disque classe, où le son du groupe continuait de s’éclaircir. L’attente d’un nouvel album a été heureusement facilitée par les productions de Tim Cohen, qui s’est lâché avec Magic Trick ( puis ici), mais aussi par un effort sympathique de Wymond Miles sur Sacred Bones. Et concernant Long Slow Dance, on a même eu droit a un petit teaser sur le blog du crew de San Francisco, où la bande se vantait d’enregistrer sur un 16 pistes, et où on pouvait les voir entourés d’une forêt d’instruments en tous genres. Des indices qui mettaient l’eau à la bouche et qui laissaient présager un disque fou.

"20 days & 20 nights"

Pourtant c’est tout le contraire, Long Slow Dance est de loin l’album le plus posé des Fresh & Onlys. Fini le garage-pop rêche ou le psychédélisme lo-fi, ici les paysages explorés sont assez nouveaux, parcourus par des alizées à la fraicheur eighties qui nous prennent d’abord de court, avant de finalement nous embarquer. En effet, quoi de plus surprenant que d’attaquer sur un "20 days & 20 nights" à la vibe Smith-ienne, où guitare éthérée et piano sont de sortie. Dans la foulée le single "Yes or No" ramène en terrain connu avec sa rythmique marquée transpercée par la guitare stellaire de Wymond Miles. Une parenthèse finalement brève puisque le groupe enfonce le clou sur "Long Slow Dance" et "Presence of Mind", quittant le monde de la  pesanteur pour faire voguer ses sublimes mélodies dans le ciel d’une nuit étoilée. Plus limpide que jamais, l’écriture de Tim Cohen s’aère et touche par sa simplicité. Une musicalité aberrante qui permet d’oser tout un tas d’arrangements, à la fois minutieux et captivants. Xylophone, trompettes (sur la magnifique "Executionner’s song"), synthés volages, ou encore chœurs discrets, Long Slow Dance regorge de petits détails qu’on s’approprie au fil des écoutes.
Le clip de "Presence of Mind"

Car malgré sa production claire, le disque n’est jamais lisse ou froid. Evidemment la voix gorgée de mélancolie de Cohen n’est pas étrangère à la beauté qui transparait dans chaque compo, mais plus que ça, c’est son ambigüité émotionnelle constante qui rend ce Long Slow Dance si fascinant. A l’image de la troublante "Dream Girls" ou encore de l’exutoire "Foolish Person".

La scène garage de San Francisco est décidément pleine de ressources. Quelques mois plus tôt Ty Segall allait piocher dans le heavy 70s, c’est cette fois au tour des Fresh & Onlys de faire définitivement fi des codes étouffants du garage pour sortir un album aux sonorités d’une finesse très eighties, à l’image des couleurs pastel de sa pochette. Long Slow Dance est une pièce d’orfèvre, à la fois évidente et complexe, qui met en avant un groupe toujours aussi ambitieux et habité.
Punching Joe